La revue de vie fait référence à un processus d’évaluation de ses souvenirs personnels, tandis que le travail sur le récit de vie décrit des interventions qui utilisent des souvenirs personnels de sa vie pour améliorer la santé mentale et le bien-être. Bien que le souvenir des souvenirs personnels fasse partie du processus de révision de la vie, la révision de la vie comprend également l’évaluation et l’évaluation ainsi que l’attribution de sens aux souvenirs. De même, le travail sur l’histoire de la vie comprend des interventions de réminiscence qui visent à aider les gens à se souvenir et à partager des souvenirs personnels ainsi que des interventions d’examen de la vie qui se concentrent sur une évaluation et une intégration plus systématiques des souvenirs positifs et négatifs de toutes les périodes de la vie.

Le concept de revue de vie remonte aux travaux du psychiatre‐gérontologue Robert Butler (1963) et du psychologue de la durée de vie Erik Erikson (1950). Les deux théoriciens considèrent le retour au passé comme un processus naturel qui se produit plus tard dans la vie et qui permet aux personnes âgées de se réconcilier avec leur propre mort. Certaines personnes âgées ne cessent de penser aux erreurs, aux échecs et aux occasions manquées dans leur vie. Leurs vies sont remplies de culpabilité, de regrets et de remords. Alors que Butler décrit cela comme une forme psychopathologique de revue de la vie, Erikson le décrit comme un désespoir. D’autres personnes âgées réussissent mieux à évaluer et à intégrer leurs souvenirs dans un ensemble plus vaste. Ici, Butler distingue la réminiscence ou le souvenir de souvenirs personnels de l’examen de la vie — c’est-à-dire le processus d’évaluation, d’intégration et d’acceptation des souvenirs positifs et négatifs. Erikson (1950, p. 268) utilise le concept d’intégrité de l’ego pour se référer à ce dernier: « l’acceptation de son seul et unique cycle de vie comme quelque chose qui devait l’être. »Une revue de vie réussie se traduit ainsi par une vision intégrée de sa vie passée, y compris des souvenirs et des réalisations positifs, ainsi que la réconciliation et l’acceptation des échecs et des déceptions.

Il n’y a que peu de preuves que l’examen de la vie est une tâche de développement naturelle qui sert à accepter la finitude de la vie. Des études transversales plus anciennes ont montré que l’intégrité de l’ego n’est pas liée à l’âge (Ryff & Heincke, 1983). Des études longitudinales plus récentes ont également montré que l’intégrité de l’ego ne suit pas une trajectoire unidirectionnelle claire tout au long de la vie (Whitbourne, Sneed, & Sayer, 2009). De même, on estime qu’environ la moitié seulement des personnes âgées sont impliquées dans un examen plus ou moins systématique de leur passé (Coleman, 1986). Certaines personnes âgées ne voient peut-être pas l’intérêt de revenir sur leur vie, car elles préfèrent se concentrer davantage sur le présent ou l’avenir que sur le passé. Un plus petit groupe a même tendance à éviter de se pencher entièrement sur son passé, probablement comme une stratégie d’adaptation évitante pour faire face aux problèmes passés. Une méta-analyse de 20 études sur la relation entre l’intégrité de l’ego et l’anxiété de mort a révélé une relation modérée entre l’intégrité de l’ego et l’acceptation de la mort (Fortner & Niemeyer, 1999). Bien que l’intégrité de l’ego soit liée à l’acceptation de la mort, la relation modérée montre qu’il y a des adultes plus âgés qui acceptent la mort sans processus de révision de la vie et vice versa. Nous pouvons conclure que l’examen de la vie n’est pas la tâche de développement naturelle que Butler et Erikson pensaient être. Il est plutôt considéré de nos jours comme un processus qui peut avoir lieu tout au long de la vie adulte, en particulier en période de changement.

Cette perspective de la durée de vie est étayée par des recherches qui ont montré que l’intégration de souvenirs personnels positifs et négatifs peut remplir d’autres fonctions que l’acceptation de la mort (Webster, 1993). La revue de vie a également des fonctions d’identité liées à la construction de sens dans les souvenirs personnels. En particulier en période de changement, la réflexion sur le passé peut aider les gens à maintenir ou à ajuster leur identité de manière flexible. De même, les fonctions de résolution de problèmes vont au-delà du simple souvenir des souvenirs, car le souvenir de stratégies d’adaptation antérieures peut aider les gens à faire face aux problèmes actuels. Ces fonctions montrent que la revue de la vie ne consiste pas seulement à plonger dans le passé pour se remémorer « les bons moments. »Les souvenirs sont plutôt utilisés pour aider les personnes âgées à naviguer dans leur présent et même leur avenir.

L’acceptation de la mort, la construction de l’identité et la résolution de problèmes font tous référence à des utilisations constructives des souvenirs dans l’examen de la vie. Ils peuvent être distingués des fonctions sociales qui reposent davantage sur la réminiscence, telles que la conversation ou l’enseignement et l’information des autres. Ils peuvent également être distingués des utilisations plus contre-productives des souvenirs, telles que la renaissance amère de souvenirs négatifs, l’évasion vers le passé afin de réduire l’ennui dans le présent, ou le désir à long terme pour les personnes décédées. Des études utilisant l’échelle des fonctions de Réminiscence autodéclarées (Webster, 1993) ont révélé que les utilisations constructives des souvenirs personnels ont une relation positive avec la santé mentale et le bien‐être, alors que les utilisations contre‐productives des souvenirs ont une relation négative et que les fonctions sociales ne sont qu’indirectement liées à la santé mentale et au bien-être à travers des fonctions à la fois constructives et contre-productives (Webster, Bohlmeijer, & Westerhof, 2010). Ces relations ont également été confirmées dans des études longitudinales (Cappeliez & Robitaille, 2010).

D’autres preuves de la relation entre l’examen de la vie et la santé mentale et le bien‐être proviennent d’autres domaines de la psychologie. En psychologie cognitive, les souvenirs autobiographiques se réfèrent aux souvenirs uniques de sa propre vie. Les études sur les souvenirs autobiographiques se sont concentrées sur l’utilisation des souvenirs pour maintenir une vision positive et cohérente de soi-même. Dans son modèle influent du système de mémoire de soi, Conway (2005) décrit les souvenirs autobiographiques comme des éléments constitutifs de son identité. Les souvenirs épisodiques d’événements spécifiques souvent chargés de détails sensoriels sont liés dynamiquement à la connaissance sémantique de la personne. Le modèle soutient que les souvenirs autobiographiques épisodiques ne sont pas simplement extraits d’une archive de souvenirs, mais sont reconstruits en fonction des préoccupations et des objectifs actuels. Le concept de raisonnement autobiographique décrit comment les gens relient les souvenirs épisodiques à des significations plus générales au niveau conceptuel, un processus similaire à l’examen de la vie. Des études expérimentales ont montré qu’un tel raisonnement autobiographique est important pour la santé mentale et le bien-être (Singer, Blagov, Berry, & Oost, 2013). Cependant, les avantages de la création de sens peuvent dépendre des caractéristiques personnelles, du type d’événement, du contexte et du type de sens attribué à la mémoire (Greenhoot & McLean, 2013).

Les souvenirs autobiographiques ont également été considérés comme les éléments constitutifs d’histoires plus englobantes sur la vie d’une personne (Conway, 2005). Les psychologues narratifs indiquent clairement que raconter une histoire de sa vie est toujours un processus socialement et culturellement intégré qui sert à donner à la vie un sentiment de but et d’unité. À travers des histoires sur leur vie, les gens construisent une identité narrative qui joue un rôle important dans l’adaptation et le développement psychologiques (McAdams & McLean, 2013). Le sens des événements de la vie est interprété en ordonnant les événements dans une intrigue narrative. Des recherches qualitatives ont montré qu’il existe au moins deux types d’intrigue narrative sur les épisodes de la vie: rédemption et contamination (McAdams & McLean, 2013). Dans une séquence de rédemption, une expérience initialement négative est récupérée par le bien qui la suit. Par exemple, les gens voient ce qu’ils ont appris d’une expérience difficile, comment ils en ont grandi ou comment cela a renforcé leurs relations sociales. Une séquence de contamination fait référence à une intrigue où une expérience émotionnellement positive devient négative, car elle est ruinée ou gâtée. Ces conséquences négatives viennent souvent dominer l’histoire de la vie. Ainsi, les histoires de rédemption fournissent un moyen d’attribuer un sens aux événements négatifs de sa vie, similaire au processus de révision de la vie. Les séquences de rédemption sont positivement liées au bien‐être et à la santé mentale. Les études de psychologie narrative fournissent ainsi des preuves supplémentaires du rôle de l’examen de la vie dans la santé mentale et le bien‐être.

Ce rôle de l’examen de la vie a également inspiré des applications pratiques dans le travail sur l’histoire de la vie (Webster et al., 2010). L’idée de base est que stimuler les gens à revoir leur vie favorisera leur santé mentale et leur bien‐être. De nos jours, une grande variété d’applications existe pour de nombreux groupes cibles différents, allant des résidents de la communauté, des membres de la famille et des aides volontaires à des groupes spécifiques tels que les personnes âgées vivant en milieu rural, les personnes atteintes de maladies chroniques, les personnes âgées lesbiennes et gaies, les anciens combattants, les migrants et les minorités ethniques. Les activités sont également très diverses: écriture autobiographique, narration, enseignement aux jeunes générations, entretiens d’histoire orale, livres de récits de vie, expressions artistiques, généalogie familiale, blogs et autres applications Internet. Les interventions sont utilisées dans divers contextes, y compris les quartiers, l’enseignement supérieur, les écoles primaires, les musées, les théâtres, les églises, les organisations bénévoles, les communautés de vie assistée, les maisons de retraite, les soins de démence et les établissements de santé mentale. Les interventions de réminiscence (par exemple, Subramaniam & Woods, 2012) ciblent principalement les fonctions sociales. Ils stimulent le souvenir et le partage de souvenirs positifs afin d’améliorer l’humeur et de favoriser les liens. Les artefacts culturels (objets, photographies, musique) datant de l’époque où les personnes âgées étaient jeunes sont souvent utilisés pour stimuler le souvenir des souvenirs. Les interventions d’examen de la vie demandent aux gens de se souvenir de souvenirs positifs et productifs et d’attribuer de nouvelles significations aux souvenirs négatifs (par exemple, Birren & Deutchman, 1991; Haight & Webster, 1995). Une intervention de révision de la vie englobe généralement toutes les phases de la vie, de l’enfance à la vieillesse. Un développement récent est que les interventions d’examen de la vie sont renforcées par l’inclusion de techniques psychothérapeutiques telles que celles de la thérapie créative, de la thérapie cognitivo–comportementale, de la thérapie psychodynamique ou de la thérapie narrative (par exemple, Korte, Bohlmeijer, Cappeliez, Smit, & Westerhof, 2012). Ces interventions, également appelées thérapies de révision de la vie, ciblent souvent les personnes souffrant de dépression ou à risque de développer une dépression. Ces interventions visent à apporter un changement dans la façon dont on pense et ressent généralement de soi et de sa vie passée.

Les preuves de l’efficacité du travail sur le récit de vie se sont accumulées depuis le début des années 2000. Des méta‐analyses ont montré que ce travail améliore le bien‐être et atténue les symptômes dépressifs. La méta‐analyse la plus complète, parmi 128 études (Pinquart & Forstmeier, 2012), a observé des améliorations modérées de la dépression et de l’intégrité de l’ego et des effets plus petits sur la vie, la préparation à la mort, la maîtrise, les symptômes de santé mentale, le bien‐être, l’intégration sociale et les performances cognitives. La plupart des effets ont été maintenus lors du suivi. Les effets sont les plus forts lorsque l’examen de la vie est combiné à des techniques psychothérapeutiques. Les effets de la thérapie de révision de la vie sont similaires à ceux de la thérapie cognitivo–comportementale chez les personnes âgées. Il est aujourd’hui reconnu comme une intervention fondée sur des données probantes pour la dépression chez les personnes âgées (Scogin, Welsh, Hanson, Stump, & Coates, 2005). Les effets sont apparents chez un large éventail de participants, bien que des améliorations plus importantes des symptômes dépressifs aient été observées chez les personnes souffrant de dépression clinique ou de maladies physiques chroniques (Pinquart & Forstmeier, 2012). Dans un vaste essai de thérapie de révision de la vie, presque aucune différence d’efficacité n’a été trouvée en fonction des caractéristiques démographiques, des traits de personnalité ou des fonctions de réminiscence (Korte, Bohlmeijer et al., 2012). Les personnes plus extraverties profitaient un peu plus de la thérapie de groupe que les personnes plus introverties. Les personnes qui se remémoraient davantage pour réduire l’ennui étaient un peu moins susceptibles d’en bénéficier. Il existe également des preuves que l’augmentation de la maîtrise et du sens de la vie explique le mécanisme de bénéfice de ces interventions (Korte, Westerhof, & Bohlmeijer, 2012; Westerhof, Bohlmeijer, Van Beljouw, & Pot, 2010).

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